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Besoin du besoin en CNV

Découvrir ce qui nous motive vraiment

Explorer la Communication NonViolente pour aller au-delà du premier besoin et éclairer ce qui soutient nos choix.

En Communication NonViolente (CNV), le travail sur les besoins occupe une place centrale. Identifier un besoin permet souvent de sortir d’une réaction automatique, de mettre du sens sur ce qui nous traverse et d’ouvrir un espace de choix. Pourtant, beaucoup de personnes font l’expérience suivante : un besoin est nommé, reconnu, parfois même partagé… et malgré cela, une forme d’incomplétude persiste. C’est dans cet interstice que la notion de besoin du besoin en CNV peut devenir éclairante.

L’expression désigne une exploration plus approfondie de ce qui motive réellement nos élans, nos demandes ou nos décisions. Elle ne remet pas en cause la validité du besoin identifié en premier lieu. Elle invite plutôt à examiner s’il est, dans certains contextes, un passage vers quelque chose de plus fondamental.

Définition

Le « besoin du besoin » désigne l’exploration d’un besoin sous-jacent, lorsque la satisfaction d’un premier besoin semble viser à nourrir un autre besoin plus profond.

Besoins, stratégies et niveaux de profondeur

Un repère bien établi en CNV consiste à distinguer les besoins des stratégies. Les besoins sont universels, partagés par tous les êtres humains ; les stratégies sont les moyens concrets, variables et contextuels, par lesquels nous cherchons à y répondre. Cette distinction est largement documentée, notamment par Marshall B. Rosenberg dans Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs).

La notion de « besoin du besoin » introduit une nuance supplémentaire : il arrive qu’un besoin, pourtant universel, fonctionne lui-même comme un pré-requis. Autrement dit, nous cherchons à nourrir ce besoin afin de pouvoir en vivre un autre. Certains formateurs en CNV parlent alors de besoins « en couches » ou de besoins « tissés ».

Yoram Mosenzon, par exemple, utilise la métaphore du tissage pour décrire cette réalité : les besoins ne sont pas toujours isolés ; ils peuvent être imbriqués, reliés, orientés vers une finalité plus profonde.

Repère

Dans certains contextes, un besoin peut agir comme une condition nécessaire pour qu’un autre besoin puisse être vécu pleinement.

Pourquoi aller chercher plus loin ?

Explorer le besoin du besoin n’est ni une obligation, ni une étape systématique. Cette démarche devient pertinente dans des situations précises : lorsqu’une confusion persiste, lorsqu’une décision reste lourde, ou lorsque le sentiment de contrainte domine malgré une compréhension apparente.

Dans les exercices proposés par Jean-Philippe et Muriel Faure, notamment autour du passage du « je dois » au « je choisis », cette exploration permet de retrouver une motivation intrinsèque. En cherchant ce que nourrit réellement une action, la contrainte peut parfois se transformer en élan.

Par exemple, une personne peut identifier un besoin de tranquillité. En explorant ce que cette tranquillité lui permettrait de vivre, elle découvre un besoin plus profond de clarté intérieure ou de cohérence. La tranquillité n’est alors plus une fin en soi, mais un passage.

Exemple

« J’ai besoin de tranquillité » peut être une porte d’entrée vers un besoin plus profond de clarté, de sens ou de sécurité intérieure.

Une exploration qui n’est pas mentale

Un point important mérite d’être souligné : le besoin du besoin ne relève pas d’une analyse intellectuelle. La démarche, telle qu’elle est transmise dans de nombreux groupes de pratique CNV, repose sur l’expérience vécue. Il s’agit d’imaginer le besoin pleinement nourri et d’observer ce qui se passe, notamment dans le corps.

Miki Kashtan propose une question devenue classique dans ce contexte :
« Si ce besoin était pleinement nourri, est-ce que cela nourrirait un autre besoin ? » (NVC Basics).

Cette question n’appelle pas une réponse rapide. Elle invite à un temps de contact, parfois silencieux, avec ce qui émerge lorsque la plénitude est imaginée plutôt que le manque.

À ne pas confondre

Explorer le besoin du besoin ne consiste pas à chercher « le bon mot », mais à rester attentif à ce qui se révèle lorsque l’on se représente un besoin comblé.

Le « projet de vie » et les besoins sources

Dans certaines explorations, les personnes rencontrent un besoin qui semble structurer l’ensemble de leur existence. Mosenzon parle alors de « projet de vie » : un besoin central, vécu comme profondément alignant, autour duquel de nombreux choix prennent sens.

Ce type de besoin n’est ni permanent ni figé. Il peut évoluer au fil des périodes de vie. Il n’est pas non plus une vérité à atteindre. Il s’agit plutôt d’un repère subjectif, qui peut apporter une sensation de cohérence et de direction.

Nuance

Le « besoin source » ou « projet de vie » n’est pas une essence définitive, mais un repère temporaire qui peut soutenir le discernement à un moment donné.

Des repères pour l’exploration

Sans proposer de méthode à appliquer, il est possible de dégager quelques repères issus de la pratique :

Lorsque l’on se sent bloqué malgré l’identification d’un besoin, il peut être pertinent de se demander ce que la satisfaction de ce besoin rendrait possible. Lorsque l’énergie reste faible ou contrainte, il peut être utile d’examiner si un autre besoin attend d’être reconnu en amont.

Ces questions ne visent pas à creuser indéfiniment, mais à ajuster le niveau de profondeur à ce qui est vivant ici et maintenant.

Question ouverte

Si ce besoin était pleinement nourri, qu’est-ce que cela me permettrait d’être, de vivre ou de choisir de plus essentiel ?

Ce que cette approche n’est pas

La notion de besoin du besoin peut prêter à confusion si elle est mal comprise. Elle ne hiérarchise pas les besoins entre « superficiels » et « nobles ». Elle ne disqualifie aucun besoin. Elle ne constitue pas non plus une injonction à aller toujours plus profond.

Elle propose simplement un cadre de lecture supplémentaire, mobilisable lorsque cela soutient la clarté et l’autonomie, et laissée de côté lorsqu’elle complique inutilement l’expérience.

Dans l’esprit de la CNV, l’enjeu reste la qualité de la relation à soi et aux autres, et non la performance introspective.

Une invitation à la sobriété

Explorer le besoin du besoin, c’est accepter de ralentir le mouvement réflexe qui consiste à « trouver une solution ». C’est parfois rester un moment avec la question : qu’est-ce qui compte vraiment ici ?

Cette démarche peut soutenir une posture plus choisie, plus consciente, et ouvrir un espace de responsabilité sans dureté. Elle s’inscrit dans une vision de la CNV comme art de la relation et de la présence, plutôt que comme outil de correction ou d’optimisation.

Bibliographie

  • Marshall B. RosenbergLes mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), La Découverte
  • Jean-Philippe Faure & Muriel HemelsoetPratiquer la Communication NonViolente, Éditions Jouvence

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