Les obstacles à l’empathie
Ces réflexes qui coupent la CNV
Les obstacles à l’empathie peuvent surgir quand on « veut » aider.
On croit offrir une solution claire, on parle, on explique, et l’autre peut se fermer, le regard baisse, la voix se durcit, parce qu’il avait surtout besoin d’une présence.
Ça peut surprendre, vraiment.
La présence, rien de plus
Quand l’analyse arrive, la connexion se rétrécit, car l’esprit veut classer au lieu d’être là avec le corps et le cœur.
« L’approche intellectuelle entrave l’empathie. […] Lorsque nous analysons les autres et cherchons à les intégrer à nos théories, nous observons l’autre, mais nous ne sommes pas avec lui. » – Marshall B. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs).
La simplicité de l’empathie nous attire et nous inquiète, alors on ajoute une explication ou un conseil, et la présence se dissout.
On n’a pas besoin du contexte pour se relier, seulement d’un regard chaud et d’un souffle posé.
Le cadeau le plus sûr reste cette présence offerte, même silencieuse.
Là, la présence tient à un fil, et le corps le sent.
La sympathie me prend au ventre et je perds mon centre, l’empathie me garde stable et clair.
Le secret de l’empathie reste la présence, même sans détails du contexte.
A ne pas confondre
Présence : je reste avec ton vécu, sans idée préconçue.
Réaction : je conseille, je répond, et je quitte l’espace d’accueil du cœur.
La cartographie des obstacles
Ces réflexes portent un nom en CNV : les roadblocks, des barrages appris qui s’activent avant même que la respiration ne se pose.
Quand le moi-robot prend le volant, nos épaules peuvent se tendre et l’écoute se rétrécit.
« Une empathie ‘creuse’ et sans cœur est si désagréable à recevoir qu’elle est pire que de ne pas recevoir d’empathie du tout. » – Bridget Belgrave & Gina Lawrie, Manuel de l’animateur des Pistes de Danse NVC.
- Dramatiser, Amplifier, Surenchérir peut amplifier la douleur, et l’autre se sentir envahi, comme si sa peine devait devenir spectaculaire et déjà trop lourde.
- Ramener à soi ou partager une anecdote déplace le centre, et l’autre peut perdre place dans la conversation.
- Conseiller, ordonner, proposer des solutions cherche à réparer vite, et l’autre entend une injonction là où il avait besoin d’être écouté.
- Affirmer, savoir ce que l’autre ressent peut le figer, et lui donner le besoin de se défend, se justifier.
- Relativiser, banaliser ou nier l’expérience peut réduire son vécu.
- Interpréter ou diagnostiquer met une étiquette sur son histoire, et il se sent observé, analysé plutôt que rejoint.
- Questionner de curiosité peut sembler poli, mais l’autre peut se sentir interrogé, ou ca peut le ramener a des pensées, réflexions et l’éloigner de son vécu émotionnel.
- Juger ou moraliser peut installer la honte, et l’autre se replie pour se protéger, déjà blessé.
- Prendre parti pour un tiers absent ou justifier, cherche à réparer la situation, mais l’autre peut avoir l’impression de perdre le soutient qu’il était venu chercher.
- Blaguer ou changer de sujet crée un détour, et l’espace d’accueil et d’expression se refermer.
- Généraliser efface la singularité, et l’autre se sent dilué dans des phrases vagues.
- Consoler ou rassurer trop vite apaise en surface, et tout l’espace de ce qui avait besoin de se dire n’est pas exprimé.
Sortir du pilote automatique
Quand je manque d’auto-empathie, mon réservoir intérieur se vide, et je deviens indisponible émotionnellement, même si mon intention est généreuse.
Mes mains peuvent se crisper, mon souffle se raccourcir, et je risque de réagir au lieu d’accueillir.
Plus l’autre a besoin d’empathie, plus son urgence peut rendre l’écoute difficile, parce que sa détresse touche mes limites.
Je me sens serré, ici.
« Nous ne pouvons donner à quelqu’un ce dont nous manquons nous-mêmes. » – Marshall B. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs).
Revenir à la présence, c’est parfois admettre sa fatigue et demander un instant pour se recentrer.
Le cœur se détend.
Exemple
Pause de dix secondes, respiration posée, puis une reformulation simple du vécu.
« Tu es triste, tu voudrais être reconnu, déjà. »
Une pause, et voilà.
Ouverture
L’empathie ressemble à une fréquence radio, et les obstacles sont des interférences qui grésillent autour de la voix réelle.
Chaque jour, on peut réduire ce bruit en revenant au corps, à la respiration, au regard, comme on ajuste doucement un cadran.
Ça suffit, déjà.
Bibliographie
- Marshall B. Rosenberg – Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs)
- Jean-Philippe Faure & Céline Girardet – L’Empathie, le Pouvoir de l’accueil
- Bridget Belgrave & Gina Lawrie – Manuel de l’animateur des Pistes de Danse NVC
