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MBCT – Thérapie cognitive basée sur la pleine conscience

L’art d’habiter sa vie intérieure autrement

Quand la thérapie cognitive rencontre la pleine conscience pour apprivoiser dépression et anxiété

On entend de plus en plus parler du MBCT, sans toujours savoir ce qui se joue vraiment derrière ces quatre lettres. Le MBCT, ou Mindfulness-Based Cognitive Therapy, n’est pas seulement un protocole de plus dans le paysage thérapeutique. C’est une manière d’entrer en relation autrement avec notre monde intérieur, quand la dépression, l’anxiété ou les ruminations semblent avoir pris trop de place. On pourrait dire, avec Montaigne, que « chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition » : le MBCT propose précisément un espace pour rencontrer cette condition, sans fuir, sans se juger, en découvrant d’autres façons d’y répondre.

Dans cette approche, on ne cherche pas à devenir une version « parfaite » de soi-même, mais à habiter plus lucidement et plus tendrement ce qui est déjà là : le corps qui ressent, la psyché qui pense et s’emballe, le monde social qui nous façonne, et ce champ plus subtil de sens que l’on peut appeler symbolique, spirituel ou existentiel.

« Il n’y a point de hasard dans les âmes », écrivait Victor Hugo. Le MBCT invite à cesser de voir nos états internes comme des accidents absurdes, pour les aborder comme des messages, des mouvements, des climats à apprivoiser plutôt qu’à effacer.


Quand la pensée rencontre la présence

Historiquement, le MBCT est né de la rencontre entre la thérapie cognitive et la méditation de pleine conscience. La première a appris aux cliniciens à identifier les pensées automatiques, les schémas qui poussent vers la dépression ou l’angoisse. La seconde a apporté une qualité d’attention, de présence, qui transforme la manière dont on se tient au cœur même de ces pensées et de ces émotions.

Dans le MBCT, on ne cherche pas à « penser positif ». On apprend plutôt à voir clairement ce qui se pense, ce qui se répète, ce qui serre la poitrine ou creuse le vide à l’intérieur. On découvre peu à peu que l’on peut observer une pensée sans s’y confondre, qu’on peut sentir une vague d’angoisse monter dans le corps sans être entièrement englouti. Ce geste intérieur de décentrement est au cœur de la démarche.

Il y a quelque chose d’humainement très simple ici : respirer, ressentir, mettre des mots, reconnaître que « ceci est une pensée », « ceci est une émotion », « ceci est une sensation ». Comme si l’on faisait un pas de côté pour regarder notre vie mentale avec un peu plus d’espace autour. Rainer Maria Rilke écrivait : « Vivre les questions maintenant. » Le MBCT aide à vivre nos questions plutôt qu’à les étouffer sous le bruit des automatismes.

Dans ce mouvement, la rigueur de la thérapie cognitive reste présente : on explore les liens entre situations, pensées, émotions et comportements. Mais cette exploration se fait dans une atmosphère d’écoute, de curiosité bienveillante, plus que de correction. On ne juge pas la pensée, on la reconnaît, on la laisse passer, on en apprend quelque chose.


Le programme MBCT comme expérience incarnée

Un cycle de MBCT se déroule rarement dans les seules abstractions. C’est une expérience profondément incarnée. On s’assoit, on marche, on respire, on sent le poids du corps sur le coussin ou sur la chaise. Le corps devient le premier terrain d’entraînement à l’attention, comme un port d’attache quand la tempête mentale se lève.

On pratique le balayage corporel, où l’on passe d’une zone à l’autre du corps, pour redécouvrir qu’il existe autre chose que le flux incessant des pensées. On explore la respiration comme un mouvement toujours recommencé, qui relie dedans et dehors, tension et relâchement. Ces pratiques ne cherchent pas la performance méditative : elles invitent à revenir, encore et encore, à ce qui est senti, même si c’est inconfortable. « Le corps ne ment pas », disait Nietzsche ; il signale, alerte, témoigne avant même les mots.

Dans les séances, la psyché se raconte aussi : on parle du découragement, de la peur de rechuter, de la honte parfois d’aller mal « encore ». Chacun découvre qu’il n’est pas seul à se sentir submergé par ses pensées sombres. Cette mise en commun ne guérit pas magiquement, mais elle fissure l’isolement. Le symptôme, qui paraissait purement individuel, reprend place dans une trame humaine partagée.


Ruminations, dépression, anxiété : faire place plutôt que faire la guerre

La plupart d’entre nous connaissons ces moments où la pensée tourne en rond. On revisite inlassablement une scène, une phrase, un échec. La rumination a quelque chose d’hypnotique : elle donne l’illusion qu’on maîtrise en « réfléchissant plus ». En réalité, elle creuse le sillon de la dépression et de l’angoisse.

Le MBCT propose une autre voie. Il ne s’agit pas d’éjecter les ruminations, mais de les voir venir, presque comme on verrait un vieux réflexe remonter à la surface. On apprend à repérer plus tôt ces basculements : un certain ton intérieur, une contraction, une couleur particulière du discours interne. Puis, plutôt que de suivre mécaniquement la spirale, on revient à une ancre simple : le souffle, le contact des pieds avec le sol, la sensation des mains posées sur les cuisses.

Cette manière de ne pas nourrir la spirale ne signifie pas minimiser la souffrance. L’idée n’est pas de relativiser la gravité de ce qui a été vécu, mais de se protéger d’un double mouvement : la douleur de l’événement et, par-dessus, la machine mentale qui s’emballe. « Ce n’est pas ce qui nous arrive qui nous blesse le plus, mais l’histoire que l’on se raconte ensuite », pourrait-on résumer avec une intuition proche de celle de Sénèque.

Peu à peu, on découvre qu’on peut vivre avec une vulnérabilité dépressive ou anxieuse sans être entièrement identifié à elle. La dépression cesse d’être un destin pour redevenir une fragilité, un climat possible, qui demande des soins réguliers plutôt qu’une bataille héroïque.


Une pratique au croisement du social et du symbolique

Le MBCT ne se déploie pas dans le vide. Il se vit dans un groupe, dans une salle, dans un contexte social particulier. Autour de soi, d’autres personnes vivent des histoires différentes, mais portent parfois les mêmes ombres. La parole circulant dans le groupe devient déjà une forme de tissu social réparateur : on s’entend dans la voix d’un autre, on se surprend à ressentir de la compassion là où, pour soi-même, on n’avait que sévérité.

Il y a là une dimension symbolique forte : revenir semaine après semaine, s’asseoir au même endroit, écouter la même cloche, suivre la même structure de séance, c’est inscrire dans le corps et dans l’imaginaire l’idée qu’on mérite ce temps, qu’on peut se tourner vers soi autrement que pour se juger. On pourrait entendre, en filigrane, les mots de Paul Éluard : « Il n’y a pas de clé pour le bonheur, la porte est toujours ouverte. » Le rituel du programme rappelle que cette porte, on peut apprendre à la franchir, même quand on a longtemps vécu le monde comme fermé.

Le cadre, la présence du thérapeute, la régularité des pratiques, tout cela donne une forme à l’expérience. Ce n’est pas une méditation « hors-sol » : c’est une démarche profondément ancrée dans la réalité de la vie quotidienne, avec ses emplois du temps trop pleins, ses contraintes, ses blessures anciennes et ses obligations sociales. On n’oppose pas ici l’intériorité et le monde ; on cherche plutôt à ce que l’une soutienne l’autre.


Habiter sa vie intérieure autrement

Au fond, le MBCT offre une manière d’habiter sa vie intérieure quand on a connu la dépression, l’angoisse ou la fatigue d’être soi. On y apprend des gestes simples : revenir au corps, reconnaître une pensée pour ce qu’elle est, s’accorder un peu de douceur là où, pendant des années, on s’est tenu dans une exigence sans merci.

Ce n’est ni une promesse de bonheur permanent ni une recette miracle. C’est un chemin. Un chemin qui passe par des moments de résistance, d’ennui, de découragement parfois, mais aussi par des instants de clarté inattendue : ce moment où l’on réalise que, face à une pensée qui autrefois aurait tout emporté, quelque chose en nous reste un peu plus stable, un peu plus ouvert.

Si l’on devait résumer l’esprit du MBCT, on pourrait dire qu’il nous aide à devenir un peu plus amis avec notre propre expérience, même quand elle n’est pas confortable. Il tisse ensemble le corps, la psyché, le social et le symbolique pour que chacun puisse, à son rythme, retrouver une façon plus habitée, plus libre d’être au monde.


Bibliographie

  • Zindel Segal, Mark Williams, John TeasdaleLa thérapie cognitive basée sur la pleine conscience pour la dépression, De Boeck
  • Jon Kabat-ZinnAu cœur de la tourmente, la pleine conscience, De Boeck
  • Christophe AndréMéditer, jour après jour, L’Iconoclaste
  • Ilios KotsouPetit traité de pleine conscience, Éditions Jouvence
  • Fabrice MidalFaites la paix avec vous-même, Flammarion

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